Justice, Liberté, Famille, Transmission, Intégrité, Respect de la parole donnée
Prologue
Je suis un phoenix
Je m’appelle Laure Davaut, avec un T — et ce T, il vient de mon père, alors j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Je suis née un dimanche de juin 1981, et j’ai toujours trouvé que c’était un signe. Pas de ceux qu’on invente pour se rassurer, mais de ceux qu’on ressent dans les tripes quand la vie te met à genoux et que tu te relèves quand même.
Ma vie, elle ressemble à un roman qu’on ne croirait pas si on me le racontait. Et pourtant, c’est la mienne, et je n’en échangerais aucune page. Parce que chaque épreuve, chaque combat, chaque plume laissée sur le ring m’a construite. Je suis un phoenix, voilà, c’est ça. Et le meilleur, je te le dis, il est vraiment à venir.
Chapitre I
Un père que je n’ai pas connu, mais qui ne m’a jamais quittée
Je n’ai pas de souvenir de lui. Pas sa voix, pas son odeur, pas le grain de sa peau. J’avais 17 mois quand mon père est mort, renversé par un motard sur un passage piéton. Il avait 24 ans. Vingt-quatre ans, tu réalises ? À peine un adulte. Et moi, j’étais là, trop petite pour comprendre, trop petite pour pleurer ce que je perdais vraiment.
Ce que j’ai compris bien plus tard, c’est que ce deuil-là, celui qu’on n’a pas vécu consciemment, il s’installe quand même quelque part dans le corps, dans les choix, dans la façon qu’on a de chercher des figures protectrices toute sa vie. Pendant longtemps, je ne savais pas trop quoi faire de cette absence. Elle était là, comme un trou dans une pièce qu’on apprend à contourner sans jamais vraiment le regarder en face.
Et puis, à un moment, j’ai décidé d’en faire autre chose. Mon père, il est devenu mon ange gardien. Le 16 octobre, chaque année, c’est une date qui me traverse, une date qui fait mal et qui réchauffe en même temps. C’est le jour où je pense à lui le plus fort, où je lui parle, où je lui demande de continuer à veiller.
Je suis née un dimanche, je porte son nom, et quelque part j’ai toujours eu l’impression que ces deux détails-là n’étaient pas anodins. Comme s’il m’avait laissé des petits cailloux blancs pour que je retrouve mon chemin quand je me perdais. Mon héritage, en tout cas : il m’a transmis l’idée que même une absence peut être une présence, et que la fierté de porter quelqu’un en soi, ça peut te tenir debout quand tout le reste s’effondre.
La morale
Même une absence peut devenir une force : porter quelqu’un en soi, c’est parfois ce qui nous tient debout quand tout s’effondre.
Chapitre II
L’enfance volée, et le combat de vingt ans pour qu’on me croie
Il y a des choses difficiles à écrire. Pas parce qu’elles font honte, mais parce qu’elles ont été si longtemps niées qu’on finit par avoir du mal à les poser en mots sans sentir monter cette vieille colère. Alors je vais te le dire simplement, comme je l’ai vécu : mon enfance, on me l’a volée.
Après la mort de mon père, ma mère a sombré. La dépression, l’alcool, les médicaments, et puis un homme est entré dans notre vie et qui nous a fait du mal, à mon grand frère et à moi. Des violences physiques, verbales, sexuelles. J’ai été placée en foyer pendant sept ans. Séparée de ma mère. Et dans le foyer aussi, il y avait de la violence.
Ce qui m’a peut-être le plus abîmée à l’époque, c’est d’avoir été traitée de mythomane. Par des pédopsychiatres, par des adultes censés protéger les enfants. Les dossiers classés sans suite, les regards qui doutent, les épaules qui se ferment. Il y a un juge pour enfants qui a été révoqué de la magistrature plus tard pour des faits similaires.
Le combat judiciaire a duré vingt ans. J’avais trouvé une avocate à Marseille, et on a tenu, on a poussé, on n’a pas lâché. En octobre 2007, le procès aux assises de Tours a abouti à une condamnation à dix-huit ans fermes, puis trente et un ans cumulés. Plutôt un sentiment de réparation, de reconnaissance. Que la vérité avait enfin eu le droit d’exister officiellement.
Je ne me suis pas laissée abattre, même quand tout le monde me disait que j’avais tort. Parce que tourner la page sans que justice soit rendue, c’est pas tourner une page, c’est juste l’enterrer. Être reconnue victime par les institutions ne répare pas tout, mais c’est un acte fondateur qui te permet de commencer à te reconstruire sur quelque chose de solide.
La morale
La vérité finit toujours par trouver sa voix : vingt ans de combat pour que justice soit rendue, parce qu’on ne tourne pas une page qu’on n’a pas écrite soi-même.
Chapitre III
La Marine nationale, ou comment l’armée m’a sauvée quelque part
À 21 ans, j’avais arrêté l’école en première, j’avais connu des nuits dans la rue, et je cherchais quelque chose que je n’aurais pas su nommer à l’époque mais qui ressemblait à un cadre, à une famille, à un endroit où les règles sont claires et où tu sais à quoi t’en tenir. L’armée, c’était dans mes gènes : mon grand-père était officier, mon père aussi avait servi. Alors en 2003, je me suis engagée dans la Marine nationale.
Les classes à Brest, au Centre d’instruction navale. J’étais la seule femme de mon groupe. Je ne vais pas te raconter que c’était facile. Il y avait cette odeur particulière des matins d’entraînement, le sel de l’air breton, les boots qui claquent sur le béton mouillé, et cette pression constante de devoir prouver qu’on est là pour de vrai. Mais il y avait aussi un instructeur, exigeant et bienveillant à la fois, qui m’a poussée à donner le meilleur de moi-même. Et je suis sortie majeure de promotion.
Ensuite, il y a eu Dakar. Mon tout premier vol en avion de ma vie, pour rejoindre le Sénégal dans le cadre d’une campagne de deux ans. Malheureusement, des problèmes de santé m’ont contrainte à un rapatriement sanitaire au bout de trois mois. Mais ensuite il y a eu le Charles de Gaulle, la frégate furtive Lafayette, et le poste de manneuse au quai Vauban à Toulon — un travail à la fois intellectuel et physique, qui me correspondait complètement.
Mon contrat de trois ans n’a pas été renouvelé en 2007, pour des raisons budgétaires, malgré des avis très favorables de mes supérieurs. Mais l’armée, c’était pas ma destination finale, j’en suis convaincue. C’était une étape nécessaire, celle qui m’a appris ce qu’était la discipline, la cohésion, la fierté de faire partie de quelque chose de plus grand que soi.
L’armée m’a sauvée quelque part. Quand on n’a jamais eu de cadre ni de famille au sens plein du terme, trouver un endroit où les règles sont claires et où les gens à côté de toi comptent sur toi autant que tu comptes sur eux, ça te remet les pieds sur terre d’une façon que peu de choses peuvent égaler.
La morale
Parfois, c’est dans la discipline et le cadre qu’on trouve la liberté d’être soi : l’armée m’a appris à construire mes propres repères.
Chapitre IV
Quinze ans sous emprise, et le jour où mon corps a dit stop
Il y a des erreurs qu’on répète sans le savoir, parce qu’elles ressemblent à ce qu’on a connu, parce qu’elles ont l’odeur familière de ce qu’on appelait l’amour quand on était petite. Après l’armée, je suis tombée amoureusement sous l’emprise d’un homme. Quinze ans. Quinze ans de violence psychologique, le genre qui ne laisse pas de traces visibles et qui est donc infiniment plus difficile à prouver en justice.
On a eu deux enfants ensemble, Frédérica et Gabin, dix-huit mois d’écart, et ils sont ce que j’ai de plus précieux au monde. Mais en 2013, il a formulé une menace. Il m’a dit qu’il m’enlèverait mes enfants. Au moment où je te parle, je n’ai plus de nouvelles de mes enfants depuis plusieurs mois. Si tu veux savoir ce que ça fait, je te dirai que c’est une douleur qui n’a pas de fond, une douleur qui se réveille à chaque heure de la journée.
Et pendant toutes ces années, mon corps, lui, il a commencé à parler. D’abord doucement, puis de plus en plus fort. Des douleurs diffuses, une fatigue qui ne passe pas. Des années d’errance médicale avant qu’on mette enfin des mots dessus : fibromyalgie et spondylarthrite ankylosante. Des médecins m’ont expliqué le lien entre les chocs émotionnels répétés et ce type de maladies. Mon corps avait absorbé tout ce que je n’avais pas pu dire, et un jour il a dit non.
Je ne me suis pas laissée abattre. J’aurais pu, honnêtement, avec tout ce que j’ai traversé, personne ne m’aurait reproché de m’effondrer une bonne fois pour toutes. Mais quand le corps se met à parler plus fort que les mots, c’est souvent qu’il est temps d’arrêter d’accepter l’inacceptable — et de commencer, enfin, à se choisir soi.
La morale
Quand le corps parle, c’est qu’il est temps de l’écouter : se choisir soi, c’est le premier acte de guérison.
Chapitre V
Passion Vrac, ou comment ouvrir une épicerie sans un rond et contre l’avis de tous
Quand on veut, on peut. Je sais que ça fait un peu slogan de motivation, mais dans mon cas c’est littéralement ce qui s’est passé. En 2017, lors d’une formation de réceptionniste hôtelière, je rencontre une formatrice passionnée d’écologie qui me parle de consommation responsable, de circuits courts, de vrac. Et quelque chose se réveille en moi. L’idée que la façon dont on consomme, c’est politique, c’est un acte quotidien qui a des conséquences réelles.
En 2020, je travaille comme employée de vente dans une épicerie franchisée à Tours, et je commence à rêver de la mienne. Indépendante. En Touraine, dans une commune rurale. En face d’un Auchan. Tout le monde m’a regardée avec ce mélange de bienveillance polie et d’incrédulité. Pas d’économies, pas d’apport, pas de filet de sécurité. Et alors ?
Je m’inscris à une formation de 245 heures à la chambre des métiers pour construire un business plan digne de ce nom. Des heures sur des tableaux de chiffres, des projections, des études de marché. Je me souviens de ces soirées à la lumière de l’écran, les yeux qui brûlent, et cette petite voix qui me dit de continuer parce que j’y crois vraiment. Et puis je vais voir la banque. Et la banque me croit.
Passion Vrac ouvre en 2021. Des produits bio et non bio, de l’alcool en vrac, des cosmétiques Zao, du miel d’un apiculteur local de Touraine, des agriculteurs du coin. Ouverte six jours sur sept, dimanche matin compris, seule, sans salarié. La clientèle est fidèle, les enfants du quartier viennent traîner, il y a cette ambiance de commerce de proximité qui réchauffe le cœur. C’est ça que je voulais créer, et je l’ai créé.
Deux ans et demi sans revenus, des difficultés bancaires, une santé qui se dégrade, et la décision la plus difficile : m’arrêter avant de me retrouver dans le mur. J’ai choisi de fermer avant d’être obligée de fermer. Et j’ai payé tous mes fournisseurs avant de partir. Tous. Parce que ma parole, elle vaut quelque chose.
J’ai laissé des plumes sur cette aventure-là, c’est sûr. Mais j’ai écouté que moi, et j’assume complètement. Parce que quand on veut vraiment quelque chose, on ne cherche pas les cent raisons pour lesquelles ça ne marchera pas — on écoute son cœur, on construit son dossier, et on trouve la banque qui te regarde dans les yeux et te dit oui.
La morale
Créer quelque chose de ses mains, même sans filet, c’est la preuve qu’on est vivante : la fierté, c’est d’avoir osé, pas d’avoir réussi.
Mon histoire en images
Ce que je te propose
Si tu as lu jusqu’ici, tu sais maintenant qui je suis vraiment. Pas juste un CV, pas juste une liste de compétences — une personne avec une histoire, des cicatrices, des victoires et des convictions chevillées au corps. Je ne rentre pas dans les cases, c’est vrai. Mais peut-être que toi non plus. Et peut-être que c’est exactement pour ça qu’on a des choses à se dire.